Joan Larroumec: Rocard avait prévenu dès les années...
Rocard avait prévenu dès les années 90 que le système de retraite par répartition n’était ni pérenne ni juste et qu’il provoquerait une révolte des enfants de boomers.
Pourtant cette révolte n’a jamais eu lieu.
Pour une raison simple : le système par réparation va tellement à l’encontre de nos intuitions morales qu’il en devient incompréhensible. Ne comprenant pas le système, on ne peut se révolter.
La plupart des gens pense que s’ils cotisent beaucoup aujourd’hui, ils toucheront beaucoup demain. C’est une espèce de biais moral du monde juste, totalement faux.
Dans un système par répartition, il n’y a aucun lien entre ce que l’on cotise et ce que l’on touche.
Les deux montants étant définis de façon quasi-indépendante par le rapport de force politique.
Ainsi ce que cotisent les actifs d’aujourd’hui est déterminé par le poids électoral des retraités et les capacités d’endettement de la France. Les retraités peuvent se maintenir des pensions de deux euros pour chaque euro qu’ils ont cotisé autrefois parce qu’ils ont les moyens politique de pressuriser les actifs et d’endetter le pays.
Les actifs actuels eux ne reverront bien sûr jamais l’argent qu’ils versent aux retraités. Puisque d’une part, leurs cotisations étant tellement énormes, il faudrait pouvoir pressuriser encore plus la génération d’après pour s’assurer les mêmes conditions de deux euros de retraite pour un euro de pension - or la génération suivante est encore moins nombreuse et les montants sont tellement déconnectés qu’on arrive au bout du Ponzi - d’autre part il faudrait pouvoir encore plus endetter le payer au moment même où les capacités d’endettement du pays arrivent à leur maximum.
Il est ainsi quasi certain que les actifs actuels n’auront eux jamais droit à deux euros de retraités par euro cotisé, mais plutôt moins de un euro par euro cotisé selon les prévisions actuelles.
La logique voudrait pour que le système soit comprehensible que l’on parle en taux de recouvrement.
Que chaque génération touche un montant calculé sur ses cotisations multipliées par un facteur (celui de la croissance de l’économie).
Ainsi le système serait juste et il y aurait un vrai lien entre à quel point on participe et à quel point on bénéficie.
Par ailleurs si l’on commence à penser en termes de taux de recouvrement, on comprend mieux que plus on cotise aujourd’hui, plus son taux de recouvrement sera mauvais à l’avenir. Soit exactement l’inverse de la fausse intuition morale actuelle.
Et l’on comprend ainsi que si l’on veut équilibrer les taux de recouvrement intergénérationnels, il devient nécessaire de repenser tout le système et tous les montants.
Ces mécanismes échappant à la cognition de la plupart des gens, il n’y a pour l’instant aucun soutien populaire pour une telle remise à plat chez les perdants du système, les actifs.
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