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JBG est le pseudonyme d’un entrepreneur, auteur et créateur de contenu français. Ses publications portent principalement sur les technologies, les libertés publiques, l’entrepreneuriat, l’innovation et les politiques publiques. Il partage également des réflexions sur les évolutions de la société et la transformation numérique.

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JBG: LE CREPUSCULE D'UN RATÉ...
30, June

JBG: LE CREPUSCULE D'UN RATÉ...

LE CREPUSCULE D'UN RATÉ — On a appris dans Le Monde, qu'Emmanuel Macron avait imaginé un dispositif inédit sous la Ve République : inviter des écrivains à suivre ses déplacements officiels, à entrer dans le premier cercle, à assister aux échanges entre chefs d'État, là où les journalistes accrédités à l'Élysée sont, eux, tenus à distance et privés de la moindre question. « Et mes acclamations ?! et mon enthousiasme ??! » — Don Salluste (Louis de Funès) dans La Folie des Grandeurs (1971). Emmanuel Carrère au G7 canadien, Wajdi Mouawad ailleurs, et, pour faire bonne mesure, des influenceurs comme Tibo InShape : voilà ceux à qui le chef de l'État confie désormais le récit de ses « dernières fois » — dernier 14 Juillet, derniers vœux, dernière rencontre avec le pape. Le président est obsédé par la trace qu'il laissera, sa legacy selon le terme d'Emmanuel Macron lui-même, et il part du principe qu'une grande plume « imprimera » davantage qu'un article de presse pourtant déjà très peu critique. Le politologue Roland Cayrol y voit la vieille révérence française pour les lettres, l'idée qu'on monte d'un cran dans la hiérarchie des prestiges en remplaçant le reporter par le romancier. Posons donc la vraie question, celle que ce théâtre soigneusement éclairé cherche précisément à éviter : pourquoi un président aurait-il besoin de faire écrire sa légende par d'autres, s'il était sûr de son bilan ? Un dirigeant confiant dans son œuvre n'a pas peur du journaliste : il s'y soumet, parce qu'il sait que les faits plaident pour lui. Celui qui, au contraire, organise la mise en scène de sa propre postérité, qui trie ses chroniqueurs et choisit ses admirateurs, trahit une inquiétude plus profonde. Le récit n'est pas convoqué pour célébrer un résultat ; il est convoqué pour en tenir lieu. C'est l'aveu d'un homme qui pressent que le livre de comptes, lui, ne parle pas en sa faveur. Or ce livre de comptes existe, et il est public. Il suffit de le lire : le bilan d'Emmanuel Macron, c'est un échec total. En 2017, le candidat Macron promettait de « libérer l'économie », de débrider les forces vives, de réconcilier la France avec la création de richesse et l'emploi. Près de dix ans plus tard, voici le solde. La dette publique a atteint 115,6 % du PIB à la fin 2025, soit près de 3 460 milliards d'euros selon l'Insee et Eurostat. La Cour des comptes prévoit qu'elle franchira 118,6 % en 2026. Entre 2019 et 2025, elle a progressé de plus de 17 points de PIB — la deuxième plus forte hausse de toute la zone euro, alors que la moyenne de nos partenaires est restée quasi stable. La France est désormais le troisième pays le plus endetté de l'Union, derrière la seule Grèce et la seule Italie, et très loin devant l'Allemagne, sous les 64 %. Le déficit public, autour de 5,4 % du PIB en 2025, demeure le plus élevé de la zone euro. La dépense publique culmine à 57 % de la richesse nationale, un record continental. Le tout sans que la pression fiscale n'ait reculé : les prélèvements obligatoires se sont établis à 43,6 % du PIB. Autrement dit, on a dépensé toujours plus, taxé toujours plus, et emprunté toujours plus — l'exact contraire du programme libéral affiché en 2017. Bruxelles ne s'y est pas trompée : la France est sous procédure pour déficit excessif depuis juillet 2024, l'échéance de correction ayant dû être repoussée à 2029. Les marchés non plus : le taux des obligations françaises à dix ans s'est hissé au voisinage des taux italiens et grecs, signe que la signature de la France inspire désormais la même défiance que celle des pays qu'elle prétendait dépasser. À cette débâcle comptable s'ajoute une débâcle institutionnelle. La dissolution de juin 2024 a ouvert une instabilité chronique : Premiers ministres successifs, gouvernements suspendus à la menace permanente d'une censure, budget 2026 incapable d'être voté dans les délais, contraint d'être suppléé par une loi spéciale, puis brandissant à son tour la menace d'une nouvelle dissolution. Un pays qui ne parvient plus à se doter d'un budget dans les formes ordinaires n'est pas un pays bien gouverné. C'est le verdict, sans appel, de Roland Cayrol : sur le plan intérieur, « un échec total ». Ceux qui voudront sauver l'héritage le feront sur le bilan de politique étrangère et européenne moins catastrophique que le reste s'il en est. Mais un président de la République française est d'abord comptable de la France. On ne gouverne pas un peuple par des sommets et des tribunes au Guardian. La diplomatie ne rembourse pas la dette, ne réindustrialise pas un territoire, ne réconcilie pas une Assemblée ingouvernable. Faire reposer une décennie de pouvoir sur le seul registre international, c'est précisément l'aveu que le reste n'a pas tenu. Et c'est bien pour cela qu'il faut des écrivains : pour broder sur l'étranger ce que l'intérieur ne permet plus de raconter. Reste le plus grave, qui n'est pas économique mais civique. En substituant le romancier admiratif au journaliste tenu à distance, l'Élysée ne se contente pas de soigner une image. Il continue d'affaiblir notre démocratie. Un pouvoir qui choisit ses chroniqueurs, qui distribue l'accès au mérite de la complaisance et refuse la question au nom de la grandeur du moment, installe un précédent que ses successeurs reprendront. On a raison d'y voir un danger : ce n'est pas un caprice de communicant, c'est une atteinte à l'idée même de contre-pouvoir. « Viva Don Salluste. Viva notre bienfaiteur. Olé »